Le 25 février 2016
Jessica Dos Santos
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L’utopie en héritage. Le familistère de Guise (1888-1968)

La Société du Familistère de Guise est une entreprise à l'histoire riche et complexe. La raconter, c'est évoquer la célébrité des poêles Godin qu'elle produit et qui ont marqué le quotidien de plusieurs générations. Mais c'est aussi le récit d'une aventure humaine, celle de ces ouvriers qui, à la mort de leur patron, reçurent en héritage la propriété de cette coopérative et la responsabilité de la faire vivre, faisant mentir ceux qui n'y voyaient qu'une utopie irréaliste et sans avenir.

 

Le Familistère de Guise. Les poêles Godin.

Deux expressions qui nous semblent familières, mais dont beaucoup ignorent quels liens les unissent. Les deux sont en effet l'oeuvre d'un même industriel nommé Jean-Baptiste André Godin, qui rêvait de sortir définitivement l'ouvrier de la misère et de l'exploitation sociale. Le "Familistère" qu'il fit construire à Guise (Aisne, France) était ainsi un Palais offert à ses ouvriers, lieu de vie mais aussi d'initiation à la solidarité, au mutualisme et à la gestion d'une entreprise dont ils devaient progressivement devenir les uniques propriétaires, héritant de l'ensemble de l'oeuvre à la mort de Godin, en 1888.

Et ensuite? La Société du Familistère de Guise, fruit du socialisme utopique autant que du réformisme républicain, réussit à survivire aux guerres mondiales et aux crises économiques, s'adaptant aux évolutions du marché et à la modernisation de l'industrie, pour finalement s'effondrer, épuisée par les difficultés internes, en plein coeur du printemps 1968.

La vie de Godin fut indiscutablement une "sucess story" édifiante, qui ne cesse d'impressionner aujourd'hui par le courage, l'inventivité et l'altruisme qui furent nécessaires pour constituer cet héritage. Mais ce n'est pas son histoire qui est confiée ici : c'est celle de ses héritiers, ces ouvriers qui, pendant 80 ans, assumèrent cette oeuvre qui se voulait un modèle de coopération intégrale et firent mentir ceux qui n'y voyaient qu'une utopie sans avenir ni postérité.

 

Jessica Dos Santos, agrégée d'histoire, est chercheuse associée au laboratoire IRHiS (Université Lille 3). Son doctorat d'histoire contemporaine, dont est tiré cet ouvrage, a été plusieurs fois primé par des jurys scientifiques : elle a ainsi reçu le Prix d'histoire François Bourdon "Techniques, entreprises et sociétés industrielles", le Prix de l'ADESS (Association pour le développement de la documentation sur l'économie sociale) et le Prix Crédit agricole d'histoire des entreprises.

 

L'ouvrage de 452 pages est disponible aux Presses universitaires François-Rabelais dans la collection "Perspectives historiques", série entreprises.

L'utopie en héritage est une monographie très réussie, qui ouvre par conséquent des perspectives et renouvelle nos connaissances dans de nombreux domaines, notamment le "réel de l'utopie", selon une expression de Michelle Riot-Sarcey reprise par Jessica Dos Santos, autrement dit la mise en oeuvre concrète d'un projet utopique.

Thomas Figarol. Les clionautes, samedi 30 avril 2016. 

Couverture du livre L'utopie en héritage, le Familistère de Guise, 1888-1968, Jessica Dos Santos, Presses universitaires François Rabelais, 2016.

Jessica Dos Santos, lauréate 2013,  recevant le prix Crédit agricole d'histoire des entreprises, 2014.